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Les Sept étapes de la miséricorde

par les Oeuvres Pontificales Missionnaires (Patrick Le Gal, Evêque Auxiliaire de Lyon, Directeur National des OPM)

Dimanche de Pâques

8-Sa miséricorde s’étend d’âge en âge !

La miséricorde du Père s’exprime quand Dieu pardonne, guérit, s’approche du malheureux, c’est vrai ; elle s’exprime cependant plus puissamment encore quand il nous communique sa vie, sa richesse, sa grâce, appelant la créature humaine à prolonger l’œuvre de la création et à participer à la vie même de Dieu pour l’éternité !

Que le Magnificat nous instruise : Marie y chante la miséricorde de Dieu, elle en témoigne : Dieu s’est penché sur elle, l’a comblée de grâce, a fait pour elle de grandes choses, non dans l’ordre du pardon mais dans celui de l’amour prévenant, non parce qu’elle était pauvre et malheureuse mais parce que dès avant la création il l’avait choisie pour être sainte et immaculée…

Marie discerne la trace magnifique de cette divine miséricorde dans l’histoire des hommes et elle l’atteste : Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ; aujourd’hui encore ; ce qui pouvait paraître n’être qu’une source certes vive, est bien un fleuve immense et puissant porteur d’une fécondité unique.

Durant le carême nous avons bu à cette source pour nous purifier, nous guérir et nous disions : Seigneur aie pitié de nous ; Pâques venu, approchons-nous avec audace et gratitude de ce fleuve puissant et puisons avec allégresse l’eau de la vie nouvelle, de l’espérance et de la joie du salut en disant : Qu’il me soit fait selon ta Parole.
 

Dimanche des Rameaux

7- Va et désormais ne pêche plus (cf Jn 8, 1ss) 

Cette femme était pécheresse, flagrant délit, aucun échappatoire ! Que va-t-il se passer ? – lapidation, sans doute, selon la loi de Moïse… silence pesant… voici cependant Jésus qui prend la parole et les accusateurs de se défiler l’un après l’autre, les vieillards en premier !

Et Jésus, que va-t-il faire maintenant ? Se taire : lâcheté ; minimiser, excuser : ce serait complicité ; renier la loi de Moïse : certes non il est venu l’accomplir non l’abolir ! Précisément, accomplir, et l’accomplissement de la justice triomphe dans la miséricorde : ni faiblesse, ni complicité, ni facilité transactionnelle ; mais fabuleux agir divin, justice plus libérale, chemin nouveau ouvert par l’amour de Dieu : à la fois pardon et confiance redonnée, appel à une vie nouvelle et envoi en mission.

« Va, et désormais ne pêche plus » dit Jésus à la femme ; « va », voilà le mot clef ; la miséricorde rouvre l’avenir, redonne une place, une mission, une dignité : « va », ce n’est pas « ne bouge plus et fais toi oublier » ! Quelle surprise et quelle joie pour cette femme mais sans doute pour chacun de nous aussi d’entendre une telle parole. Quand survient l’envoi, à l’issue de la messe, c’est bien cette même parole qui nous est adressée : « allez dans la paix du Christ » ; bigre, nous voici traités comme la femme pécheresse ! Certes oui et quelle chance : pardonnés, éclairés, nourris relevés et envoyés.

5ème dimanche de Carême

6- Remets-nous nos dettes (cf Mat.18, 23-28)

Voilà un homme qui ne peut rembourser ses dettes ; situation tragique, ses biens vont être vendus à l’encan : c’est la ruine totale, la misère, le déshonneur.

«Consens-moi un délai et je te rembourserai tout », supplie notre homme. Il prétend s’en tirer tout seul moyennant un délai : illusion funeste de celui qui ne veut compter que sur lui-même pour s’en sortir !

Touché de compassion devant cette détresse (voilà le mot clef), le maître lui fit remise de sa dette, de toute sa dette, intérêt et capital ; il n’est pas question de rude négociation, d’arrangement médiocre ou de conditions sévères : pas de délai mais une remise totale ! Ah si, une condition cependant : être prêt à faire de même ; la miséricorde de Dieu est totale mais elle ne saurait être reçue que par un cœur lui-même ouvert à la logique de la miséricorde.

Soyons lucides, nous sommes insolvables, définitivement ! Ne nous lamentons pas, voyons plutôt du côté de la miséricorde, de l’amour gratuit, de Dieu qui pardonne. Soyons audacieux, ne demandons pas un délai mais une remise de nos dettes, le pardon de nos péchés, gratuitement. Justement nous sommes dans l’année de la Miséricorde : le cœur de Dieu est grand ouvert, puisse le notre l’être de même !
 

4ème dimanche de Carême

5- Aujourd’hui, je dois demeurer chez toi

Dans sa quête spirituelle, le jeune homme riche courrait au devant de Jésus. Zachée, lui, n’osait pas aborder directement le Seigneur ; il voulait seulement voir qui était Jésus (cf. Luc 19, 1ss) : désir inconscient sans doute d’une rencontre et d’un salut ; c’est donc Jésus qui vient au devant de lui : la miséricorde se fait prévenante !

Jésus s’invite non pas pour une simple et brève visite mais bien pour créer un lien fort et durable : « Aujourd’hui, je dois demeurer chez toi » ; la miséricorde n’est pas d’un instant mais de toujours à toujours.

Jésus ne s’impose pas, il invite ; la miséricorde n’est pas pesante, elle libère ; la preuve, la joie de Zachée et sa conversion : « Vite, il descendit et le reçut avec Joie ».

Les pharisiens s’indignent : ils attendaient des faveurs à raison de leurs mérites mais la miséricorde se met à table avec les pêcheurs qui accueillent avec un cœur humble et reconnaissant le salut de Dieu. Alors, soyons Zachée et accueillons le Christ chez nous avec joie.
 

3ème dimanche de Carême

4- Jésus le regarda et l’aima

Voilà un homme, rempli de bonnes intentions, qui vient vers Jésus en courant : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? » - Bonne question et rare ! Bien sûr, Jésus va lui répondre mais, avant tout, il veut tisser avec cet homme une relation privilégiée : « il le regarda et l’aima » nous dit saint Marc (cf Mc 10, 17-22).

Jésus connaît l’inconstance de cet homme et ses atermoiements ; cependant il n’hésite pas : non seulement il l’appelle à la perfection mais d’abord il le regarde comme un frère et un ami. L’homme demandait « que dois-je faire ? » ; Jésus lui propose son amitié. L’homme attendait le conseil spirituel d’un maître, Jésus lui offre l’amour de son Seigneur. La justice se serait satisfaite d’un conseil, la miséricorde va jusqu’à nous offrir l’amour de Dieu.

Le récit évangélique ne nous livre pas le dernier mot de l’histoire ; que fera finalement le jeune homme riche ; il s’en alla tout triste, et après ? Marc ne nous dit rien. C’est exprès, bien sûr�EUR ¦ pour que nous donnions nous-mêmes la réponse ; l’homme, c’est chacun de nous ; Jésus nous regarde et nous appelle : Toi, viens et suis-moi… que répondrons-nous ? La miséricorde est patiente mais refuserons-nous la joie du salut et l’amitié du Christ ?
 

2ème dimanche de Carême

3- S’approcher et prendre soin

Un homme est tombé aux mains de bandits (cf. Luc 10, 29-37), c’est l’image de l’humanité tombée dans le péché. Qui va s’apitoyer ? - le Bon Samaritain, image de Dieu secourable et miséricordieux qu’aucune détresse ne lasse, qu’aucune misère ne rebute.

Le samaritain s’approche donc de l’homme blessé, non par curiosité mais par miséricorde : le curieux passe promptement, le miséricordieux soigne et accompagne attentivement, suscitant même des compagnons pour prolonger son action.

Tel est bien notre Dieu dans l’exercice de sa miséricorde, lui qui voulut nous sauver non de loin et par quelques serviteurs délégués mais se faisant définitivement proche, prenant condition humaine en son Fils Jésus-Christ. Il s’est penché sur nous ; il le demeure et prends soin de chacun de nous. Sa miséricorde déploie la charité et invite chacun à s’y associer.
 

1er dimanche de Carême
2- Courir à la rencontre du pécheur

L’homme s’imagine souvent être seul à chercher Dieu alors que Dieu, lui, se cacherait : « jusque à quand me cacheras-tu ta face », s’exclamait le psalmiste !

C’est vrai, l’homme dans sa misère cherche Dieu, il se lève et s’avance mais combien pesamment ; l’enfant prodigue de la parabole en témoigne (cf Luc 15, 11 ss) ; il s’est mis en route mais son pas est incertain ; il craint la rencontre que pourtant il espère.

Et voilà qu’éclate l’effet imprévu de la Miséricorde : c’est le Père qui bondit, qui court en avant et rejoint le prodigue ; point de reproches mais d’heureuses retrouvailles, une exigence, certes, mais celle, seulement, d’accepter pleinement la dignité de fils (cf Luc 15, 20).

C’est Dieu dans sa Miséricorde qui le premier nous a cherché et nous trouve ; c’est lui qui court à notre rencontre, nous couvrant des baisers de l’alliance renouée. La parabole est à méditer (c’est l’évangile du 4ème dim de carême) mais plus encore la Miséricorde à expérimenter !

 

Mercredi des Cendres

Quand Dieu parle, il agit aussi : sa miséricorde ne se traduit pas par beaucoup de paroles mais par beaucoup d’amour en acte. Dans sa miséricorde, Dieu, veut se faire proche de chacun, le rencontrer, le sauver et, finalement, en faire un disciple qu’il enverra témoigner. Distinguons 7 étapes dans cet agir miséricordieux du Père : c’est l’Evangile qui nous les livre ; parcourrons-les au long de ce carême pour les redécouvrir et en vivre.

Détail du vitrail de L. Bégule, l'enfant prodigue, détail église du Bon Pasteur, Lyon

1- Dieu cherche et trouve

Sans tarder franchissons la première étape : Dieu, dans sa miséricorde, s’est mis à la recherche de chacun d’entre nous en tant que, par quelque côté, nous sommes perdus, en grand besoin de salut. La parabole de la brebis perdue et retrouvée le dit magnifiquement (cf Luc 15, 3-7). Dieu est prêt à de grands sacrifices pour nous rechercher ; laisser le troupeau dans le désert ; tout donner pour le salut d’un seul.

L’évangile dit plus encore : Dieu s’engage de façon décisive ; il n’est pas dit qu’il part à la recherche de la brebis perdue mais qu’il la recherche jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée (Luc 15, 4). Il ne se contente pas de chercher il veut encore nous retrouver ! Méditez ce trait ; redites-le à celui qui désespère… Laissons agir la miséricorde du Père ; ce carême est le temps favorable où elle veut opérer.