Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

Le Secours Catholique dénonce une jeunesse en péril

7 novembre 2011

Rencontre avec Ludovic de Lalaubie et témoignage de Guillaume

 

Ludovic de Lalaubie est délégué départemental du Secours catholique qui lance un cri d’alerte sur la situation préoccupante des jeunes. Déscolarisés, sans emploi, livrés à eux-mêmes, ils sont de plus en plus nombreux à espérer une main tendue qui ne vient pas…

 

Selon le Secours catholique, la situation des jeunes entre 18 et 25 ans en France devient critique. Sur quels critères vous basez-vous pour poser ce constat ?
Il est vrai que, les jeunes restent une population minoritaire au Secours catholique mais leur nombre augmente. Souvent, les adultes que nous accompagnons nous relaient les difficultés de leurs enfants. Ceci est d’autant plus inquiétant que la manière dont les jeunes entrent dans la vie a des conséquences sur la société par la suite. Une proportion importante d’entre eux a subi de multiples interruptions dans leur formation. Ils sont sans diplôme. C’est un facteur qui n’a pas été anticipé par le jeune et qui va impacter sa vie. Aujourd’hui, la forte individualisation de notre société fait que l’accompagnement des jeunes repose essentiellement sur la famille et moins sur les acteurs associatifs ou les mouvements de jeunes.
Pourquoi lancer une alerte aujourd’hui en France ?
C’est effectivement une alerte nationale car la situation en France est plus grave qu’ailleurs. Nous voulons faire écho à un phénomène inquiétant qui enfle. Cet appel est aussi une manière, pour le Secours catholique, de se conscientiser en interne. Nous allons réfléchir à la manière de lancer des actions sur mesure. Nous avions procédé ainsi pour nous emparer du problème des mères isolées. Cela nous a permis de mettre en place les séjours vacances mère-enfants. En revanche, nous sommes une association humanitaire. Nos moyens sont limités. Nous tenterons de relayer nos préoccupations.
Précisément, à qui s’adresse cette alerte ?
Le Secours catholique est un réseau de solidarité de bénévoles. Nous n’avons pas vocation à régler seuls des problèmes de société. Nous espérons développer des partenariats. Nous travaillons en lien étroit avec la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), mouvement d’éducation populaire qui nous apporte son expertise. Mais nous adressons surtout un appel aux mondes associatif et économique, aux pouvoirs publics et aux collectivités locales. Malheureusement, on constate aujourd’hui que les espaces jeunes n’ont pas les moyens de leurs ambitions.
Comment comptez-vous vous y prendre pour obtenir des résultats ?
Pendant les prochaines échéances électorales, le Secours catholique interpellera les candidats à la présidentielle et aux législatives. La question de la précarité des jeunes sera l’un des deux sujets prioritaires pour leur faire entendre cette réalité. Il faut redonner à l a jeunesse sa juste place. C’est une période clé de la vie puisque le jeune acquiert la majorité des éléments qui lui permettent de vivre en véritable protagoniste de la cité… capable ensuite d’apporter de lui-même à la société. L’Etat doit prendre en considération les structures d’accompagnement des jeunes. Les parents ne peuvent pas continuer à tout endosser…
 

Propos recueillis par Leïla Oufkir.
 

 

Témoignage de Guillaume : « Donnez leur chance aux jeunes »
 

 

Guillaume Leef a 19 ans. Depuis quelques années, son parcours est tortueux, comme parsemé d’embûches. Il tente désespérément de rejoindre l’une ou l’autre rive qui se présentent à lui : rejoindre un établissement pour se former, ou trouver un emploi. Guillaume multiplie les expériences intérimaires, des CDD de quelques jours à quelques semaines. Une vie nomade qui l’entraîne parfois loin de chez lui, « J’ai fait plusieurs contrats dans les barrages EDF, des CDD de quinze jours. Je vivais en camping pour que ça me coûte le moins cher possible. » De la plomberie, il passe à la miroiterie, faute d’avoir pu trouver une entreprise pour son contrat d’apprentissage. Même scénario après avoir obtenu son CAP miroiterie en 2010. Impossible de décrocher un contrat en alternance. « Sur quinze élèves, huit seulement ont fini les deux ans de CAP. Trois sont restés dans la miroiterie. Les cinq autres, dont je fais partie, cherchent toujours leur voie. » Malgré tout, Guillaume est conscient d’être un privilégié parmi les moins chanceux : « Mon père m’aide beaucoup, financièrement en cas de besoin, mais aussi, quand il le peut, il me fait entrer dans une boîte. Quant à ma grand-mère, elle m’offre le permis de conduire. Je suis très entouré par ma famille. » Il n’en reste pas moins que Guillaume exècre sa situation : « Je m’ennuie chez moi. Je tourne en rond. Je deviens fou. Heureusement, les heures de code de la route m’aident à tenir bon… » Les démarches sont longues et sinueuses : « J’ai beaucoup apprécié mon travail chez EDF. J’ai pris contact avec la Mission Locale Jeunes pour savoir s’il existait une formation en mécanique susceptible de me convenir. Le délai d’attente est de plus de cinq semaines pour un premier rendez-vous ! » Et quand on demande à Guillaume ce qui aurait pu l’aider dans son parcours, le jeune homme est catégorique : « J’ai passé une semaine dans une miroiterie. Je me suis fait jeter parce que je n’avais pas d’expérience ! Ils savaient bien que je sortais du lycée. Je lance un appel aux dirigeants d’entreprises pour qu’ils donnent leur chance aux jeunes, même si je sais que le temps d’un maître d’apprentissage coûte cher… »
 

Propos recueillis par Leïla Oufkir
 

<< Go back to list